JE VAIS AU CAMP ET J'EMMÈNE...

22/08/2020

Quand j'ai appris que Sara Van Acker allait occuper un nouveau poste au sein de SOS Villages d'enfants, j'étais secrètement un peu jalouse. Il y a des années, on a consacré beaucoup de temps ensemble sur les bancs de l'école secondaire de Gijzegem. Avec SOS Kinderdorpen, nous avons, mon mari et moi, une relation personnelle car nous soutenons financièrement un enfant du Vietnam depuis de nombreuses années. À intervalles réguliers, nous recevons une note manuscrite de son tuteur avec une photo de 'notre enfant', qui n'est plus un enfant mais un jeune adulte pétillant. 

Mais aussi en Belgique, SOS Villages d'Enfants gère un certain nombre de projets sociaux similaires, dont la maison de Chantevent. Malheureusement, en Belgique aussi, les enfants n'ont pas toujours la chance de grandir dans un environnement familial sain. Je ne pouvais donc pas laisser passer le séjour de Sara dans la maison de Chantevent. Je lui ai demandé de mettre par écrit les expériences qu'elle a vécues au cours de cette semaine intense, afin que nous puissions nous y retrouver pendant un certain temps. Je vous laisse lire avec plaisir !

Si j'avais déjà accompagné des jeunes auparavant ?”, demandait-elle. “Bien sûr!”, je répondais, peut-être un peu trop rapidement, mais imaginez si elle doutait que je puisse le faire...

Et que le rapide "bien sûrne signifiait rien, je m'en suis rendu compte plus tard. Je dois admettre que faire du bricolage avec des enfants en bas âge, ou cuisiner avec les amis de 10 ans de ma fille, ne compte pas vraiment comme une expérience pertinente pour guider un camp d'été avec des enfants réfugiés. Parce que c'est ce à quoi je venais de m'engager : une semaine au camp avec dix enfants réfugiés mineurs non accompagnés. Une semaine à essayer de rendre leurs soucis un peu plus légers, pour qu'ils puissent être des enfants. Outre l'histoire politique qui se cache derrière chaque jeune. Et aussi libre des nombreux préjugés qui pèsent sur les réfugiés.
Construire un environnement familial chaleureux, sûr et respectueux où les enfants vulnérables peuvent devenir des adultes forts, c'est ce que tous mes collègues de SOS Villages d'Enfants font chaque jour avec énergie. Et c'est ce que je voulais aussi faire, en tant que nouveau membre de la famille SOS. Pas derrière mon ordinateur portable, mais avec les jeunes eux-mêmes.

De Louvain à Chantevent

Tout commence au village d'enfants SOS de Chantevent, où nous pouvons profiter de l'hospitalité de mes collègues wallons pendant une semaine. Dix jeunes de 14 à 18 ans, accompagnés de leurs encadrants du foyer SOS Hejmo à Louvain et de moi-même, débutée en mai au siège de SOS à Bruxelles. Dix jeunes qui, chacun à leur manière, ont entrepris le voyage infernal d'un pays sans espoir du sud vers la Belgique, fuyant à la recherche d'un avenir meilleur. Ou simplement à la recherche d'un avenir, qu'ils ne pensaient pas trouver dans leur pays d'origine. Devoir tout recommencer, sans famille, sans amis, complètement déraciné.

Du yaourt fruité à l'omelette épicée

Le premier défi était clair : mémoriser et prononcer correctement leurs noms ! Pas un seul jeune n'avait un nom que j'avais déjà entendu. J'ai été soudainement ravie lorsqu'ils ont établi un plan hebdomadaire pour la cuisine. Non seulement en raison de la perspective d'une découverte culinaire sans doute particulière (car apparemment, on peut aussi prendre son petit-déjeuner avec une omelette pleine d'olives et de poivrons épicés au lieu d'un yaourt mou aux fruits), mais surtout parce qu'elle a donné un aperçu de tous leurs noms ! Je prends furtivement une photo et je répète quelques noms dans ma chambre et voilà, le premier obstacle est franchi ! Et ils étaient évidemment soulagés que mon nom soit juste Sara ☺

Il est vite apparu que la barrière de la langue serait un défi permanent. Même si ces jeunes sont immergés de manière très intensive dans un bain de langue flamande, il faut une quantité folle de mots pour une conversation agréable. Ou peut-être pas. Un garçon afghan timide qui met spontanément toutes sortes de friandises dans mon assiette, une fille d'Érythrée qui se met à chanter avec enthousiasme lorsque je lui dis que je vais rester avec eux pendant une semaine, nous applaudissant tous ensemble chaque fois que nous marquons un but au basket,... Parfois, il suffit de cela pour apprendre à se connaître et à se sentir.

Des animaux sauvages aux zones bâties

Comme il se doit dans un camp d'été, nous faisons aussi des excursions. Ensemble, nous allons aux Grottes de Han, faisons une promenade en bateau à Dinant, allons au bowling. Pour nous, c'était une évidence, mais pour eux, c'était une grande découverte. Même le fait de voyager ensemble pour nos sorties était une expérience spéciale. Je me suis dit que j'allais mettre un chapeau éducatif derrière le volant et leur apprendre quelques règles de circulation. "Quelqu'un sait-il pourquoi nous ne sommes autorisés à rouler qu'à 50 km par heure ici ?" Et ils répondent immédiatement : "Parce que soudain, les animaux sauvages peuvent traverser la rue ici !" Super, ai-je pensé, en essayant très fort de ne pas rire. J'ai immédiatement expliqué que même dans la verte Wallonie, les chances d'apercevoir des animaux sauvages sont extrêmement faibles. Tout n'est pas mieux en Belgique. Et puis, par souci d'exhaustivité, j'ai également expliqué ce que nous entendons par zone bâtie.

De la Marie Louise à Stromae

Très curieux de leur choix musical, je leur ai également laissé toute liberté pour établir leur propre playlist pour la route. Un autre moment difficile pour retenir mon rire... Le numéro 1 était en fait De Marie Louise de Bart Kaëll ! En termes d'intégration, je me suis dit . Et au numéro 2, Papaoutai de Stromae est apparu soudainement...
De la gaieté la plus spontanée à la fragilité émotionnelle en quelques instants. Tourmente et émotion. Admiration et stupéfaction. Excitation et relaxation. Ordinaire et extraordinaire. Tout à la fois, en un clin d'œil.

Des barbecues agréables aux nuits agitées

Terminer la journée joyeusement ensemble autour du savoureux barbecue et les regarder traîner au lit. Non pas parce que c'est ce que font tous les adolescents, mais parce qu'il y a de fortes chances que cette nuit soit gâchée par beaucoup trop de cauchemars.

Une semaine à partager ensemble les joies et les peines de la vie, à constater combien il doit être difficile de trouver un équilibre entre le passé, le présent et l'avenir, entre la fragilité, l'espoir, le courage et la résilience.

Tu ne peux pas grandir tout seul." Comme je suis fier que ce message chaleureux et plein d'espoir soit récemment devenu le fil conducteur de mon travail quotidien. Comme je suis reconnaissant d'avoir pu apporter ma pierre à l'édifice en aidant ces jeunes à grandir.

J'ai participé à un camp et j'ai ramené chez moi des batteries entièrement rechargées, un sac à dos rempli d'expériences uniques, un sens renouvelé de la perspective et beaucoup de souvenirs réconfortants.

Sara Van Acker

A propos de Sara

Sara a pris un tournant extraordinaire dans sa carrière à l'âge de 40 ans. En tant qu'économiste, elle a toujours été active dans le secteur financier. Elle a fermé ce chapitre pour poursuivre un master en genre et diversité. Elle a récemment rejoint l'équipe Leadership Giving de SOS Villages d'Enfants. "Dans mon nouvel emploi, c'est formidable de pouvoir combiner mes années d'expérience en tant que gestionnaire de comptes bancaires privés avec les idées éclairantes et les optiques critiques de mon master. Cela m'incite chaque jour à contribuer à la construction d'un avenir meilleur pour les enfants vulnérables. Très heureux de mon choix pour la motivation intrinsèque !

Share on facebook
Share on twitter
Share on linkedin
Share on pinterest
Share on email

Newsletter

Vous souhaitez être tenu informé ?